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Le cabinet de lecture d'Alice

CLAUDINE A L'ECOLE - COLETTE (1900)

Claudine à l’école est un roman publié en 1900 par Colette (1873-1954), d’abord sous le seul nom de Willy, son mari, avant que l’autrice ne soit pleinement reconnue comme la véritable créatrice de l’œuvre. Ce premier volume de la série Claudine inaugure une voix littéraire nouvelle, libre et provocante, qui rompra durablement avec les conventions morales et stylistiques de la fin du XIXᵉ siècle.

Le roman s’inspire directement de la jeunesse de Colette en Bourgogne, notamment de ses années d’école à Saint-Sauveur-en-Puisaye. Sous l’influence de Willy, éditeur habile mais dominateur, Colette écrit un texte nourri de souvenirs personnels, d’observations fines et d’une franchise inhabituelle. Le succès est immédiat, mais la reconnaissance de l’autrice sera longue et conflictuelle.

Le roman prend la forme d’un journal tenu par Claudine, adolescente vive et indisciplinée, élève dans une école de village. Elle observe avec ironie ses camarades, ses professeurs et le monde étroit qui l’entoure. La figure centrale de l’établissement est Mademoiselle Sergent, directrice autoritaire et rigide, bientôt supplantée par la séduisante Mademoiselle Aimée Lanthenay, dont la relation ambiguë avec la directrice alimente rumeurs et scandales. Claudine, indépendante et impertinente, traverse ces événements avec un regard à la fois moqueur et lucide, révélant progressivement une conscience aiguë du désir, du pouvoir et de l’hypocrisie sociale.

Avec Claudine à l’école, Colette ne cherche pas à édifier mais à dire le vrai, dans toute sa crudité et sa fraîcheur. Elle explore l’adolescence féminine sans pudeur factice, abordant la naissance du désir, l’attirance entre femmes, la révolte contre l’autorité et la construction d’une identité libre. Le roman constitue une remise en cause directe des normes morales et éducatives de son temps.

Le style de Colette est déjà pleinement reconnaissable : vif, sensuel, précis, nourri d’argot, d’images naturelles et d’observations concrètes. Le ton est insolent, ironique, parfois cruel, mais toujours animé d’une grande vitalité. La langue, proche de l’oral, donne au récit une immédiateté et une modernité saisissantes.

À sa parution, le roman connaît un succès au parfum de scandale. Le public est séduit, mais la critique morale s’indigne. Certains journaux dénoncent un livre « immoral » et « corrupteur ». Plus tard, André Gide saluera la liberté de ton et l’authenticité de la voix de Claudine, voyant dans l’œuvre une rupture salutaire avec la littérature conventionnelle.

Ma conclusion

Claudine à l’école est le point de départ d’une œuvre majeure. Il annonce les thèmes essentiels de Colette : le corps, la liberté, la nature, le refus des rôles imposés. Longtemps réduit à un roman léger ou scandaleux, le texte est aujourd’hui reconnu comme une œuvre fondatrice de la littérature féminine moderne, et comme l’acte de naissance d’une écrivaine d’exception. Le roman se lit vite, enjoué, léger et drôle.

Le début

Je m’appelle Claudine, j’habite Montigny ; j’y suis née en 1884 ; probablement je n’y mourrai jamais. Mon Manuel de géographie départementale s’exprime ainsi : « Montigny-en-Fresnois, jolie petite ville de 1950 habitants, construite en amphithéâtre sur la Thaize ; on y admire une tour sarrasine bien conservée… » Moi, ça ne me dit rien du tout, ces descriptions-là ! D’abord, il n’y a pas de Thaize ; je sais bien qu’elle est censée traverser des prés au-dessous du passage à niveau ; mais en aucune saison vous n’y trouveriez de quoi laver les pattes d’un moineau. Montigny, construit en « amphithéâtre » ? Non, je ne le vois pas ainsi ; à ma manière, c’est des maisons qui dégringolent depuis le haut de la colline jusqu’en bas de la vallée ; ça s’étage en escalier au-dessous d’un gros château, rebâti sous Louis XV et déjà plus délabré que la tour sarrasine, basse, toute gainée de lierre, qui s’effrite par en haut un petit peu chaque jour. C’est un village, et pas une ville : les rues, grâce au ciel, ne sont pas pavées ; les averses y roulent en petits torrents, secs au bout de deux heures ; c’est un village, pas très joli même, et que pourtant j’adore.

CLAUDINE A L'ECOLE - COLETTE (1900)
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