19 Janvier 2026
Cette nouvelle a participé à un concours dont le thème était « Saint-Valentin ». Longueur imposée. A vrai dire, je crois que j’étais un peu hors sujet…
Sandra se demandait si elle s'était jamais sentie aussi heureuse de sa vie. Elle baignait dans la douceur ouatée d’un petit nuage rose. Elle était amoureuse, amoureuse pour de bon, amoureuse pour de vrai et cette fois, c'était réciproque. Il lui avait dit qu'il l'aimait et aucun homme auparavant n'avait prononcé ces mots magiques. Ils l’utilisaient comme un kleenex, vite fait, puis ils disparaissaient comme des fantômes, la laissant triste comme la mort et humiliée chaque fois un peu plus profondément. Lui, il était l'homme de sa vie, elle le savait. Ils s'étaient rencontrés six mois auparavant, il l'appelait tous les jours, la couvrait de textos et ils se voyaient aussi souvent que possible, dans la limite de leurs emplois du temps respectifs.
Les autres Saint Valentin, elle restait chez elle, seule avec du chocolat. Elle voyait les messieurs courir chez les fleuristes, elle voyait ses amies chercher le petit cadeau qui ferait plaisir, tout le monde en parlait, tout le monde en rêvait. Mais pour elle, cela demeurait un jour comme un autre. Jusqu'à aujourd'hui. Il l'avait invitée au restaurant ! Dans un grand restaurant. "Fais-toi belle, avait-il précisé. Pas question de venir en jean ! Tu mets une jolie robe et des boucles d'oreille. Et surtout n'attache pas tes cheveux... je les aime tant quand tu les lâches, ils sont si beaux, si doux, si soyeux, si longs... c'est une merveille." Elle avait donc mis une petite robe noire - impossible ainsi de faire une faute de goût -, des hauts talons, des bijoux en strass. Elle regardait les autres femmes dans la salle et ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle était jolie et que sa tenue était ravissante ; pour une fois, elle se sentait belle, vraiment belle. Parce qu’elle était aimée.
Elle avait acheté un cadeau, un livre d'art sur un peintre contemporain qu'il affectionnait. Il disait toujours que dans leur futur appartement il comptait bien garnir les murs de toiles qu'ils choisiraient ensemble. Il parlait de voyages, de bébé, et Sandra s'attendait à ce qu'il profite de l'occasion de la Saint Valentin pour lui demander de l'épouser. Peut-être ferait-il comme dans les films : il s'agenouillerait soudain, tendrait un écrin, ferait sa déclaration et toute la salle applaudirait. Il en était capable, il était si romantique. Elle se sentirait un peu gênée, car elle n’aimait guère être le centre des regards, mais finalement peu lui importait, elle le serrerait dans ses bras et l’embrasserait fougueusement.
Elle était là, sagement assise, depuis une demi-heure. Il l'avait prévenue "Je serai peut-être en retard... On nous a collé une réunion en fin d'après-midi, ça risque de traîner... Je ferai au plus vite. Si tu arrives la première, demande la table que j'ai réservée à mon nom et commande du Champagne. Je t'aime."
Elle regarda sa montre. Elle était impatiente. Il allait arriver d'un instant à l'autre. Elle s'était installée de façon à ce qu'il voit sa chevelure en entrant, ses longues boucles blondes qu’il aimait tant et qui tombaient jusque dans le creux des reins. Elle sentit une main sur son épaule. Elle frémit, une onde de plaisir parcourut tout son corps.
Mais c'est une femme qui s'assit en face d'elle.
- Il a oublié de te dire qu'il était marié. Je voulais voir la tête que tu avais. Je suis sa femme.
Elle remplit un verre, le jeta dans le visage de Sandra, puis repartit.